mardi 14 février 2012

QUO VADIS, HAITI ?



                                                     Par Jean L. Théagène.

Dans les temps qui viennent, le courage sera nécessaire.  Seules, il permettra de vaincre, des décisions utiles autant qu'impopulaires.

                                                                        John F. Kennedy.

     M. Sanjay Gupta et Anderson Cooper dans leur innovation d'une nouvelle forme dejournalisme à  sensations, viennent de mettre à nu les Rois d'Haïti.  Soit dit en passant qu'un journaliste du terroir aurait tenté une telle approche, il se verrait vite taxer « d'incitations à la révolte, peine prévue et punie par le Code Pénal Haïtien.

     A la face du monde ces journalistes de CNN, sur le petit écran viennent au-delà de la magie du verbe et des images projeter un rayon de lumière sur la misère humaine des victimes de l'histoire le 12 Janvier 2010.  Après avoir suivi l'émission d'un bout à l'autre et d'une traite plusieurs sentiments s'entrechoquent en moi.  Une espèce de perpétuation de ma brûlure interne pour cette terre que j'aime du plus profond de mon âme me fait penser à ces vers : «  Lorsque Dieu m'eut jeté dans le sein de ma mère.  Pourquoi la mort, jalouse est si prompte au devoir n'accourut-elle pas à m'enlever ». A tout le moins, cela m'aurait délivré de cette compagnie sur laquelle prévaut le paisible néant.  Du même coup, dans un élan de scolastique, je crois entendre mon père me dire tout bas à l'oreille : Je ne t'ai jamais connu défaitiste Battant, que tu as toujours été, tu n'as pas le droit de te dérober à l'âpreté d'un combat qui t'interpelle dans ce que tu as de plus cher au monde « ta patrie ».

     De victimes en oubliés, la communauté internationale a fait d'Haïti, le dindon d'une farce, méconnaissant que les cataclysmes sont l'œuvre de Dieu pour rappeler aux hommes la fragilité de l'existence humaine.  Cet « Act of God «  nivelle toutes les têtes couronnées, tous les hommes et femmes du monde en les rendant démunis face à l'adversité et surtout égaux devant la mort. La seule leçon que mon pays puisse en tirer, c'est que si haute que soit la montagne, on y trouve toujours un sentier car, il n'y a qu'Haïti à sauver Haïti  Ainsi donc,  les femmes et la jeunesse haïtiennes demeurent les nouveaux garants de la reconstruction et du développement de ce pays.  En tant que citoyens à part entière d'une société affligée  d'un déficit chronique d'hommes valables et honnêtes, cette portion non encore contaminée de la Nation doit intégrer le plus tôt que possible un mouvement d'amélioration  des conditions d'existence de leurs frères et sœurs haïtiens.

     Tel n'est pas le cas des responsables politiques haïtiens et tous ceux qui gravitent autour du pouvoir central. Autant les leaders politiques et le peuple majoritairement et innocemment ignorant(sans que ce soit de sa faute),  presque tout le monde accepte sans mot dire de subir les contrecoups du délire fantasmatique de dirigeants auto-déphasés sinon totalement ignares. Des analphabètes fonctionnels ont pris d'assaut les avenues du pouvoir sans savoir où ils vont et surtout où ils emmènent leurs concitoyens. Ils conduisent le pays vers sa plus simple expression, c'est -à-dire vers un destin de non-être infirmant par ainsi la thèse qui a toujours voulu qu'un pays ne meure jamais. Dans le cas d'Haïti, l'agonie semble perdurer au-delà de toute logique pour certains et de tout gros bon sens pour les autres. Et ce n'est pas avec les récents soubresauts de la réalité politique que nous a dépeint, angoissés et traumatisés Cooper et Gupta, qu'on est en train de prévoir ou d'espérer, de ces humanoïdes qui prétendent nous gouverner, une amélioration dans cet environnement cataclysmique qui fait dire à ceux qui nous regardent : »C'est quoi ce pays de malades et de valétudinaires qui refusent de prendre conscience de leur état ? »

     En effet, »d'ensauvagement macoute » en « violence chimérique »,de corruption politique en immoralité infra-humaine ,de crime en trahison ,d'ignorance de mauvaise foi en non-savoir crasseux, le spectre donné par notre pays durant ce demi-siècle est loin de rassurer les haïtiens de l'intérieur comme ceux de l'extérieur toujours en quête d'un Messie qu'il croyait trouver sur «  l'autoroute de Damas » à mille lieues d'un morceau d'île perdue dans l'Océan Atlantique. En 1971, il leur a été imposé un candide qui, bon an mal an, a su assurer à son pays la stabilité sociale , économique et politique. En 1991, ils ont  contre toute attente, choisi un monstre en soutane et chasuble qui, dans ses transes lucifériennes leur tenait un langage mielleux en attendant de leur servir la coupe de fiel qu'ils allaient être obligés de boire jusqu'à la lie. Et l'on croyait atteindre le fond du baril en 2004. Mais c'était sans compter avec les rebondissements, les retournements, et autres astuces des Lucifériens qui s'étaient donnés pour mission d'anéantir le monument érigé, deux siècles plus tôt, avec les matériaux  supérieurs d'une race d'intraitables et d'incorruptibles. A voir ce qui se passe aujourd'hui dans nos annales, au royaume des corrompus-corrupteurs, nous nous sentons en proie à  la nostalgie  de nos grands hommes de l'histoire dont la mémoire sociale retient encore les noms .Des hommes à la stature verticale, plus grands que nature, animés de l'unique désir de concocter en faveur de leurs concitoyens, un environnement sain, sans servitude, disons-le, un pays souverain.

     Environnement sans servitude, pays souverain : le mot est lâché . La patrie haïtienne, si encore elle existe, se trouve aujourd'hui à la merci de satrapes inhumains et de vendeurs, que dis-je : de liquidateurs inconscients qui applaudissent les envahisseurs et les occupants pour un dollar de plus . Tout en sachant et surtout parce qu'ils  savent qu'un jour pas trop lointain, ils devront suivre le chemin de ces occupants  lorsque sonnera l'heure du retour a la maison, ils adoptent vis-à-vis de ces derniers cette posture reptilienne qui répugne autant aux lâches qui l'imposent à de plus faibles qu'aux badauds internationaux qui s'en amusent éhontément. Désormais, dans la foulée de quelques rares haïtiens chez qui il reste un peu de dignité, il appartient à ce peuple plutôt volatile dans ses convictions de foutre le pied au cul de ces lèche-culs qui ont fait le serment de faire disparaitre Haiti du tableau d'honneur des nations  dont la taille n'a rien à voir avec les dimensions de l'histoire. Car, s'il faut parodier Camus, disons que  « la grandeur d'un peuple est dans sa décision d'être plus fort que sa condition »

     Malheureusement, comme le soutient Pierre –Viturnien Vergniaud, il est des hommes à la fois hypocrites et féroces qui ne se montrent que dans les calamités publiques comme il est des insectes malfaisants que la terre ne produit que dans les orages. Ces hommes répandent sans cesse les soupçons, les méfiances, les jalousies, les haines, les vengeances ; ils sont avides de sang ; dans leurs propos séditieux, ils aristocratisent la vertu  même pour acquérir le droit de la fouler aux pieds ; ils démocratisent le crime et le vol pour pouvoir se rassasier, sans avoir à redouter le glaive de la justice.

     Ces Etres oublient trop souvent que « depuis l'Evangile jusqu'au Contrat social » ce ne sont pas les armes mais bien les livres qui font les révolutions. Et quand on ne sait pas lire, il devient impossible d'être à l'origine de la moindre promotion sociale.


                                                                                        Miami le 15 Juillet 2010.   
                                                                                        Jean L.Théagène
                                                                                        Président de l'Union Nationale
                                                                                        Des Démocrates Haïtiens.

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