mardi 14 février 2012

Haïti : leçons pour l’avenir – par Marc Maesschalck


 


 
En Haïti, la catastrophe sismique de janvier dernier a provisoirement
 repoussé à l’arrière-plan une situation politique,
 sociale et économique complexe qui plonge ses racines dans
 la sortie de l’ère Duvalier en 1986. Depuis cette
 époque, Haïti vit dans une situation permanente de
 transition politique entrecoupée de coups d’État,
 d’embargos internationaux, d’interventions militaires
 américaines (1994-2004) et de missions onusiennes de
 stabilisation. 


 Revenu au pouvoir en 1994 avec l’appui de Clinton après le coup d’État du général
 Cédras soutenu par Bush père, Jean-Bertrand Aristide a
 désigné René Préval pour lui succéder en 1996 et
 reprend progressivement le contrôle du pays à partir de
 1998 pour se faire réélire dans l’illégalité en 2000
 et être finalement forcé de partir par Bush fils en 2004.
 C’est dans ce contexte délétère que Préval revient de
 nouveau au pouvoir contre toute attente, avec l’appui de
 la communauté internationale en 2005. Il va alors
 multiplier les stratégies d’enlisement politique pour
 éviter de choisir entre les groupes de pression du
 président démis, de la communauté internationale et de la
 mafia locale. Profitant du vide de pouvoir ainsi créé
 pendant toute cette période où une transition a fini par
 succéder à une autre (sortie du duvaliérisme, puis sortie
  de l’aristidisme), les cartels de la drogue se sont
 installés et les gangs de kidnappeurs se sont mis à
 rivaliser avec les trafiquants en tout genre, développant
 tous azimuts des stratégies de corruption des autorités
 locales, les mêmes autorités qui sont soutenues tant bien
 que mal par la communauté internationale.



 Au milieu de cet imbroglio
 politico-mafieux dont aucune autorité nationale ou
 internationale n’est sortie indemne (cf. suicide de
 certains hauts responsables, procès contre d’autres pour
 corruption, notamment au sein de l’Organisation des États
 américains, OEA), la population survit depuis des années
 grâce aux structures de micro-solidarité qu’elle a mises
 en place, de manière informelle le plus souvent, avec
 l’appui de la diaspora. Dans ces conditions difficiles,
 les ONG locales et la solidarité internationale alternative
 (basée sur l’appui aux projets de base, avec les acteurs
 locaux) ont joué essentiellement un rôle de substitution
 par rapport aux institutions publiques et ont en partie
 masqué le vide d’autorité centrale de plus en plus
 alarmant face aux grands défis de gestion collective comme
 l’infrastructure routière, la sécurité
  alimentaire, la politique énergétique, la gestion des
 déchets, la santé, l’école, etc. Pour aider Haïti à
 long terme et de manière efficace, c’est-à-dire en
 comptant sur les ressources et le renforcement d’un
 processus local, il est nécessaire non seulement de mesurer
 les défaillances structurelles qui sont le résultat (et
 non la cause) de l’enlisement de la transition politique
 depuis 20 ans, mais il faut également établir clairement
 les manques de responsabilité qui ont conduit à cette
 situation de manière à en éviter la répétition.



 Problèmes « structurels » 


 L’enlisement de la transition
 politique en route depuis 20 ans a produit une situation
 structurelle qui constitue déjà en elle-même un défi de
 taille pour tout groupe politique qui prétendrait apporter
 un mieux-être en Haïti. Haïti partage en effet avec le
 groupe des pays les moins avancés (PMA selon les
 classements ONU) un ensemble de caractéristiques déjà
 particulièrement problématiques : outre le faible
 revenu per capita, le sous-emploi et le sous-investissement
 privé, il faut encore compter avec l’inflation,
 l’endettement public et la mauvaise valorisation des
 ressources nationales. Il en résulte une situation sociale
 où 85 % de la population sont exclus de la
 satisfaction des droits primaires que sont la santé,
 l’éducation, l’accès à l’eau potable, les moyens de
 communication, des logements salubres, la gestion des
 déchets, la  qualité de l’environnement (voir Doura dans les
 références bibliographiques en fin d’article ; la
 plupart des statistiques qui suivent en sont issues). Les
 conséquences de cette pression sociale se traduisent par un
 important mouvement d’exode rural et d’émigration vers
 l’étranger. 


 Cette situation chronique a
 entraîné des conséquences particulières sur le terrain
 qui resteront des défis majeurs certainement pour les dix
 prochaines années. Parmi ceux-ci, les principaux
 sont : la dépendance financière, la dépendance
 alimentaire, la dépendance énergétique
 et la dépendance environnementale. 


 Dépendance financière : dans des domaines aussi
 sensibles que la santé et l’éducation, le financement des programmes
 d’investissement public dépend de l’aide externe à
 raison de plus de 95 % entre 1995 et 1999. Or cette aide est soumise à
 un ensemble de contraintes de décaissement, d’une part,
 et d’absorption, d’autre part, qui la rend
 particulièrement onéreuse pour construire une politique
 plus globale de développement durable. Dans un pays
 comme  Haïti avec une infrastructure inadéquate et un déficit
 de formation des ressources humaines, l’aide est
 majoritairement détournée vers l’acquisition de produits
 importés et influence négativement le prix des produits de
 consommation interne. Il faut aussi remarquer que
 si l’aide des grandes agences internationales représente
 environ 10 % du PIB entre 1995 et 1999, les transferts
 privés de la diaspora représentent quant à eux sur la
 même période environ 7,4 % du PIB.



 Dépendance alimentaire : face aux problèmes
 structurels de l’agriculture haïtienne, la solution de
 facilité favorisée par la surproduction des grands voisins
 réside dans une importation toujours accrue de produits
 alimentaires qui représentent plus de 30 % des
 importations entre 1996 et 2001, dépassant ainsi largement
 les importations de produits manufacturés et les biens
 d’équipement qui pourraient amener un développement de
 l’appareil productif et diminuer la dépendance par
 rapport aux importations de produits
 alimentaires. 


 Dépendance énergétique : entre 1996 et 2001, les
 importations de combustibles minéraux n’ont cessé
 d’augmenter en Haïti, alors que le manque d’entretien
 des infrastructures hydroélectriques a entraîné une perte
 de 40 % de la puissance disponible. Cette perte
 doit être compensée par les trois centrales thermiques
 existantes qui sont sollicitées à raison d’environ
 110 MW. Les installations du barrage
 de Péligre n’en fournissent plus que 54 MW alors que
 leur potentiel est de 120 MW. 92 % de cette
 énergie est consommée par
  la région métropolitaine de Port-au-Prince et seulement
 6 % du reste du pays bénéficie d’installation de
 distribution. Malgré ces disparités, le manque
 d’électricité est devenu dramatique même dans la
 capitale. 


 Dépendance environnementale : de 1995 à 1999, l’aide
 externe a financé en moyenne 95,8 % du programme
 d’investissement public en matière d’environnement,
 alors que ce secteur est resté le parent pauvre du budget
 national (moins de 0,25 %). Haïti est donc
 complètement dépendante des ressources externes pour
 financer le programme d’urgence environnementale qu’ont
 tenté de mettre en place les lois-cadres pour faire face à
 la dégradation de l’écosystème haïtien.



 Problèmes conjoncturels 


 Outre ses problèmes « structurels », Haïti a hérité de problèmes
 conjoncturels qui viennent renforcer ses handicaps
 structurels et qui se sont imposés à la faveur des quinze
 dernières années du régime Lavalas, à savoir la
 séquence Aristide-Préval à deux reprises. Ces handicaps
 supplémentaires sont principalement :

 – le développement à grande échelle d’une forme
 décentralisée de corruption (la spécificité de cette
 forme de corruption est qu’elle ne permet pas de
 maîtriser les effets négatifs d’une transaction
 corrompue sur une autre) ; 
 – la déstructuration des grandes entreprises publiques, comme
 dans le domaine de la téléphonie ; 
 – l’explosion du trafic de la drogue et les services de blanchiment de
 l’argent qu’il entraîne, notamment à travers des
 coopératives à haut rendement d’intérêt (qui ont
 proliféré en 2001 et 2002). 


 La combinaison des handicaps
 chroniques et des handicaps opportunistes qui se sont
 développés ces dernières années a accentué deux plaies
 majeures qui hypothèquent l’avenir du pays : les
 risques de famine et les risques environnementaux.



 Dans le contexte d’alarme humanitaire et
 écologique, la déstructuration par le régime Lavalas de
 l’État faible qui survivait depuis le départ des
 Duvalier et sous l’embargo est d’autant plus
 dommageable. Le rapport du PNUD sur la
 bonne gouvernance réalisé en 2002 parle, encore à mots
 couverts, d’une gouvernance qui
 « s’informalise » parce que « la
 participation du pouvoir public dans certains services de
 base (comme l’éducation, la santé, la sécurité et
 l’énergie) est largement minoritaire ». Cette
 approche donne une idée encore très limitée de l’état
 de déstructuration des organes publics, même si elle met
 en évidence le manque radical de confiance dont ils
 souffrent de la part de la population et de leur incapacité
 à remplir les demandes
  fondamentales de justice, de transparence et de
 participation. En langage clair, depuis 2004,
 l’État haïtien est un État fantôme : il n’a pas
 les moyens d’assurer la sécurité des citoyens, de faire
 respecter l’ordre public, d’être souverain sur son
 territoire, de protéger sa police, de poursuivre les
 malfaiteurs, de garder ses prisons, de rendre justice,
 d’éduquer, de soigner, etc. Cette situation existe au vu
 et au su d’une communauté internationale présente de
 façon continue sur le territoire haïtien depuis cette date
 (et avant également, d’ailleurs). 


 Dans cette situation, ce
 n’est plus tel ou tel secteur d’activité du pays qui
 est en crise, comme ce peut être le cas de la classe
 politique, de la bourgeoisie d’affaires, des mouvements
 sociaux, de l’Église, de l’armée, etc. C’est
 l’ensemble des acteurs qui est en crise. Dans un tel
 contexte, une réponse stratégique basée sur des objectifs
 sectoriels — comme une réforme agraire, une défense
 des droits des travailleurs, l’appui à la lutte des
 femmes, l’alphabétisation ou l’éducation
 populaire — une telle réponse est vouée à
 l’échec parce qu’elle met entre parenthèses l’état
 critique des acteurs eux-mêmes. La question n’est donc
 pas d’abord celle de la relance d’un processus social,
 ni même celle d’une reconstruction. Elle est
  prioritairement de savoir si les ressources nécessaires
 pour parvenir à se donner un avenir existent
 encore. 


 L’acteur social a perdu
 prise sur sa propre situation en tant que situation
 collective. Il est en présence d’une
 société fragmentée, luttant pour la survie, sans pôle de
 coordination et menacée par sa disparition écologique. Les
 individus paraissent donc déliés dans un environnement
 agressif. De plus, l’acteur social
 n’a plus de rapport positif au leadership. Il ne peut s’appuyer sur
 des  expériences de construction collective à travers la
 gestion de conflits et l’approfondissement de
 désaccords. Il a même été contraint de
 développer une culture de défiance à l’égard de
 l’encadrement hiérarchique, tout en cherchant en même
 temps à sauvegarder ses zones de pouvoir. Il lie donc sa survie à une
 culture non coopérative. 


 Face à cette situation, les
 organisations d’appui (ONG locales, syndicats,
 coopératives paysannes, etc.) ont multiplié des réponses
 mettant entre parenthèses le dénominateur commun de
 crise qu’elles partageaient en fait avec les acteurs
 de terrain. Elles ont préféré se
 concentrer sur des recettes toutes faites comme la formation
 des cadres, l’éducation politique, les techniques
 d’animation et de communication. Les organisations d’appui
 pouvaient de la sorte faire en même temps l’impasse sur
 leur désarroi propre comme acteur impliqué dans la crise
 et critiquer l’inefficience des organisations de base,
 suite à  leur manque de rigueur. Elles se positionnaient en
 techniciennes de l’action collective, tout en restant à
 l’extérieur de la situation et en sauvegardant une
 rhétorique militante.



 En fait, le drame d’Haïti
 c’est que tous les acteurs engagés partagent la même
 tendance à éviter de s’impliquer comme acteurs dans un
 diagnostic de crise. C’est toujours l’acteur
 bénéficiaire de l’aide au développement qui manque de
 structures pour tirer parti d’un appui soi-disant bien
 ciblé et correctement géré. Or, au-delà de cette
 apparente  distance des bailleurs de fonds et des partenaires de
 développement, comprenant aussi bien ceux des agences de
 développement que ceux des agences de solidarité, tous les acteurs ont
 participé au désastre actuel et n’ont donc pu
 développer l’intelligence collective nécessaire à une
 solution constructive. Malgré les différences
 d’intérêt et de stratégie qui les séparent et les
 opposent parfois, les intervenants étrangers
 — qu’il s’agisse d’organisations
 internationales de solidarité ou de grandes agences de
 développement —, partagent cette logique
 d’extériorité. Cette logique les amène à
 reproduire, à leur niveau d’action, les attitudes et les
 recettes qu’ils critiquent chez leurs partenaires du
 terrain. 


 Si l’on observe ainsi le
 secteur local de la coopération, on remarquera qu’il a
 accepté la logique de substitution à l’État pour des
 raisons d’urgence et d’aide aux victimes, et ceci même
 si certaines organisations sont toutefois guidées par des
 positions critiques à l’égard de l’action
 humanitaire. En prospérant durant les
 années d’enlisement du régime Lavalas, le secteur de la
 coopération étrangère a soutenu financièrement sur le
 terrain une classe d’acteurs privilégiés, transformés
 en professionnels de l’action sociale et caritative, sans
  pouvoir mesurer véritablement les résultats de ce
 soutien. Même si ces acteurs étaient
 porteurs d’un discours alternatif et proposaient des
 projets cohérents avec ce discours, ils se sont trouvés
 renforcés dans leur situation sociale d’intermédiaire,
 sans véritable garantie de
 résultat. Le secteur de la coopération
 a ainsi implicitement admis le principe d’une action à
 court terme, coupée de ses finalités, car sans capacité
 de relancer un processus
  social. 


 Rôle problématique de la communauté internationale 


 Ni cause, ni effet, l’action de
 la communauté internationale doit aussi clairement être
 identifiée comme une partie intégrante du problème
 d’Haïti. Sur la période
 post-duvaliériste, la communauté internationale est à
 compter en Haïti comme un facteur permanent de
 déstabilisation de la situation du
 pays. De 1986 à 2010, elle n’a
 cessé de miser sur les acteurs les plus destructeurs du
 contexte. De 1986 à 1990, elle a
 cherché avec l’armée une forme de duvaliérisme sans
 Duvalier. De 1991 à 1994, elle a
 tenté de donner raison aux putschistes contre le choix
 populaire issu des urnes et a dévasté le pays avec son
 embargo. De 1994 à 2004, elle a
 appuyé la dérive lavalassienne, multiplié les missions
 dilatoires de l’OEA (plus de trente) et fermé les yeux
 sur les exactions et les crimes de plus en plus nombreux des
 chimères. Enfin, de 2005 à 2010, elle
 a prolongé la crise lavalassienne en rendant le pouvoir à
 l’un de ses principaux acteurs connu pour sa gouvernance
 dilatoire. 


 En prétextant de la
 complexité d’une situation, la communauté internationale
 s’est ainsi toujours retrouvée aux côtés des
 destructeurs du pays et n’a jamais accepté les solutions
 locales, si ce n’est à retardement et à contrecœur,
 sous la pression des efforts parfois désespérés de la
 population. Chaque fois qu’elle est intervenue ces
 quinze dernières années, elle a laissé en place
 l’ancien appareil de destruction (macoutes, FRAPH,
 chimères) en espérant qu’il se recyclerait en force
 politique acceptable. Haïti a ainsi été soumis depuis le
 départ de Duvalier à un interventionnisme cynique et
 malsain, brandissant d’un côté de grands principes
 humanitaires, mais pactisant en même temps, de l’autre
 côté, avec les élites corrompues. La communauté internationale
 a donc été, dans la situation particulière d’Haïti,
 ces vingt dernières années, un facilitateur de la
 destruction et du statu quo social. 


 Leçons pour l’avenir? 


 Toute intervention en Haïti
 doit tenir compte de cette crise d’intelligence collective
 qui empêche l’ensemble des acteurs concernés de se
 considérer non comme des soutiens extérieurs, mais comme
 des parties prenantes du problème haïtien. Une
 communauté internationale présente sans discontinuer
 depuis quinze ans, une armée américaine qui en est à sa
 troisième intervention en quinze ans, des bailleurs de
 fonds et des organisations internationales qui ont déjà
 promis il y a dix ans la reconstruction de Haïti, qui ont
 réitéré cette promesse il y a à peine 5 ans dans
 une conférence à l’initiative de la France, tous ces
 acteurs ne peuvent se considérer comme de simples soutiens
 extérieurs, puisqu’ils ont impulsé et contrôlé chacune
 des solutions politiques adoptées
  depuis quinze ans. On ne peut se concentrer sur
 des problèmes de gouvernance administrative (voire de
 corruption) ou sur les déficiences des acteurs de terrain
 en ignorant le contexte de dépendance et les mécanismes de
 destruction que n’a cessé d’alimenter l’intervention
 étrangère en Haïti. 


 À tous les acteurs étrangers impliqués dans
 des processus d’intervention en Haïti, il est donc
 nécessaire de poser un ensemble de questions fondamentales
 sur la responsabilité qu’ils portent aussi à l’égard
 de la situation actuelle de dévastation du pays. En 2005,
 suite à un séminaire organisé à Papaye, près de la
 ville de Hinche, avec une quinzaine d’organisations
 partenaires de Développement et Paix, les cadres militants
 avaient formulé dans le rapport final une série
 d’exigences qui demeurent malheureusement d’une cruelle
 actualité : 
 – les actions de soutien doivent
 être flexibles et planifiées sur le long terme ; 
 – elles doivent rétablir la
 confiance dans les capacités des institutions locales et
 prendre en compte les ressources identitaires locales ; 
 – elles doivent reposer sur une
 analyse approfondie de la situation locale ; 
 – elles doivent se fixer des
 exigences spécifiques de suivi en situation de crise ; 
 – les intervenants de tout type
 doivent s’interroger sur leur propre capacité de gestion
 de crise plutôt que de se contenter d’un alibi consistant
 systématiquement à justifier leurs échecs en reportant la
 responsabilité sur les partenaires locaux et la situation ; 
 – ils doivent se positionner
 clairement sur le terrain comme acteurs à part entière
 dans la recherche de solutions démocratiques et
 solidaires. 


 Pour que des objectifs
 — quels qu’ils soient — aient une chance
 d’aboutir et d’avoir un effet d’entraînement, il faut
 que les priorités soient incorporées à des réseaux
 d’acteurs qui structurent les enjeux, depuis leur impact
 local sur le terrain jusqu’aux instances de coordination
 technique et économique, puis jusqu’aux espaces de
 délibération démocratiques. Sans l’engagement dans
 l’incitation d’un tel maillage social, la définition
 d’axes d’action est vouée à l’échec.



 Le risque majeur serait donc
 aujourd’hui de laisser la menace écologique et la
 dévastation sismique conduire le pays à une mise sous
 tutelle politico-humanitaire permanente, au mépris des
 droits politiques fondamentaux des acteurs
 concernés. Ce scénario est simple à
 envisager parce qu’il se base sur le double déni de la
 crise des acteurs et de la nécessité collective de
 défendre l’espace physique de Haïti. Un partenariat
 politique qui se construirait sur une telle base serait
 purement illusoire. 


 La défense écologique et
 antisismique pourrait par contre être la meilleure manière
 de sortir les acteurs de leur déconnexion avec la réalité
 collective : pour reconstruire politiquement,
 socialement et économiquement Haïti, il est nécessaire de
 partir du risque écologique et sismique majeur qu’elle
 encourt et tenter de créer les liens sociotechniques qui
 permettront de concrétiser une génération de droits
 environnementaux comme droit à une maîtrise collective de
 la qualité de vie. 


 Il est possible dans cette
 optique de prendre appui sur la plus forte ressource de
 Haïti : sa capacité incroyable de produire envers et
 contre tout des microsolidarités, comme récemment
 l’accueil dans les provinces de milliers de réfugiés de
 la capitale. La province demeure une clé de solution encore
 trop négligée. En suivant l’exemple d’autres pays
 latino-américains, Haïti pourrait se doter d’une
 constitution actualisant le texte fondateur de 1987 et
 intégrant le développement durable. C’est à partir d’elle et
 dans un cadre politique démocratique qu’il serait
 possible d’envisager une économie populaire
  orientée vers la défense de l’environnement et
 l’agriculture durable, d’appuyer une gouvernance
 démocratique décentralisée qui favorise la défense
 environnementale, de recentrer l’éducation populaire en
 fonction de cet objectif, de même que l’amélioration de
 la condition féminine (première ligne de la dégradation
 des conditions de vie) et la constitution d’une force de
 protection civile des citoyens capable d’intervenir dans
 l’urgence. 






 Références
 bibliographiques 
 Doura F. (2001-2002-2003),
 Économie d’Haïti, Dépendance, crises et développement,
 Tome 1- Tome 2 et Tome 3, DAMI,
 Montréal. 
 Hurbon L. (1987), Comprendre
 Haïti, Kartala, Paris. 
 Jean J.-C. et Maesschalck M. (1999), Transition
 politique en Haïti, Radiographie du pouvoir Lavalas,
 L’Harmattan,
 Paris. 


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire