mardi 14 février 2012

La réalité Haïtienne d'aujourd'hui par Jean L. Theagene2




L’histoire offre le spectacle ahurissant de ces coïncidences qui se chevauchent, qui s’entremêlent jusqu'à devenir ces entrelacs dangereux prêts à jouer un mauvais tour à tous ceux qui se prévalent d’un droit factuel de gouvernance.  En Haïti, comme ailleurs dans les pays du Tiers-Monde, elle ressemble à des éphémérides tant elle perd de pages  à chaque changement de régime, des pages où sont consignés autant les succès et les échecs que les dérives des pouvoirs qui ne font que répéter grossièrement les erreurs des prédécesseurs.  Variations sur un même ton !

Qui aurait dit aujourd’hui, à l’heure de la démocratie triomphante, nos universitaires, l’avenir du pays auraient à essuyer des tirs de balles en caoutchouc et bastonnades en règle de la part de policiers sachant gauchement signer leurs noms.  Qui aurait dit, qui aurait crû que cette jeunesse qui a fait  46, qu’on a retrouvé avec la même ardeur, le même courage, la même détermination en 86 et 2004 et tous ces Hérauts du soi-disant changement qui devait se produire dans le pays, seraient aujourd’hui les victimes de ce même changement ?  Qui aurait dit que des maisons construites au prix du sang et de la sueur versés à l’étranger ou ailleurs par ces chantres du soi-disant « Pouvoir Populaire » seraient mises à sac par d’anciens frères de combat ?  Au fort des événements de « L’après 1986 », ils riaient du sort fait aux soi-disant macoutes dont les maisons déchouquées et les ventres ouverts infectent encore la mémoire collective.  De mémoire d’historien, ne les entendais-je pas tous les matins éjaculer derrière un micro : « Pep la fon jan avel. »  Qui donc ne se souvient  du déchoucage programmé dans les officines de ces incorruptibles des demeures de Clovis Désinor, parti pour un monde meilleur, par des médecins en selle aujourd’hui, de Claude Raymond, condamné à mort et exécuté sans jugement, de Jean L Théagène et de Serge Conille acculés à l’exil et de tant d’autres, dont le seul crime fut d’appartenir à une famille politique incomprise par pure cécité ?  Qui aurait dit qu’aujourd’hui le martyrologe post-Duvalier compterait dans sa liste des noms aussi glorieux que Jean Léopold Dominique, Antoine Izmery, les Péres Vincent et Pierre-Louis sans oublier Charlot Jacquelin et autres illustres anonymes pro-lavalas tombés face à une meute de «  Macoutes Nouvelle Vague »  appelés « Chimè,Police Nationale ou Zenglendos ? »

Ainsi va la vie.  Ainsi se comporte l’histoire dans ces coins reculés, hors de toute velléité de civilisation, hors de tout respect des normes minimales de démocratie.  Il y a un peu moins d’un siècle, les Haïtiens au nombre de huit millions, enclenchaient un processus de recul tous azimuts.  Et cette même histoire qui les applaudissait en silence à l’époque de leur héroïsme déclaré est en train de les ridiculiser bruyamment jusqu'à leur faire perdre « Cette estime de Soi,»  d’eux-mêmes ; Cette suffisance, cette bravoure, cette fierté, cette solidarité, cette dignité qui étaient leur marque de commerce.  Toutefois, l’héroïsme décline, mais ne meurt pas.  Les hommes passent mais la Nation demeure.  Dans cinq siècles, comme après 1492, l’histoire retiendra que ce pays connut une parenthèse glorieuse avec des personnalités de la trempe d’un Toussaint Louverture et d’un Jean- Jacques Dessalines. 
A tout prendre, de mémoire d’homme, on n’a jamais vu une Nation autant victime de ses fils, de ses élites intellectuelles, économiques et sociales.  On n’a jamais vu dans l’histoire un processus de régression aussi accéléré d’une collectivité en mal de s’affirmer.  Des hommes de valeur disparaissent au gré de l’analphabétisme programmé et sciemment entretenu de la grande réserve populaire.  Des intellectuels racés, des professionnels et techniciens chevronnés mordent la poussière face à des incultes notoires, des crétins sonores ou des analphabètes audacieux.  Et la guerre des sommets succède aux escarmouches des profondeurs, faisant basculer un pays tout entier, jadis sublime et prométhéen, dans l’enfer des désespérances et l’incertitude des lendemains.  On a tout mis en œuvre pour pousser les rachitiques de la pensée et les handicapés du nanisme historique, à poser ouvertement l’immorale question des défaitistes en puissance et en fait :« N’avons-nous pas commis une erreur en nous affranchissant trop tôt de l’esclavage en 1804 ? »

Heureusement  que la réserve  reste encore inépuisable !  La jeunesse a un grand rôle à jouer dans cette conjoncture de pourrissement où tous les dés sont truqués.  Elle le fait    «Perfas et Nefas »pour se prendre en charge et éviter à ce pays leur, à ce pays nôtre la permanence d’une agonie qui indiffère la Communauté Internationale.  Car, qu’on ne s’y méprenne pas :  L’histoire n’appartient qu’aux peuples qui n’ont pas tout perdu de leur âme et qui savent se tenir debout face à leurs adversaires et surtout face à l’adversité.   Aujourd’hui qu’on regarde la manière d’évoluer de la société haïtienne, on ne peut qu’admettre que, quelque part en cours de route, le train de l’histoire a quitté ses rails de rectitude.  Plus de pilote à la barre ou de Capitaine au ***tant pour diriger le véhicule enrayé.  Plus de routes même dangereusement sinueuses, pour convoyer le projet de société et conduire à bon port des vaisseaux ou véhicules fantômes.   Rien que des passagers hirsutes pour faire entendre leurs voix dans une inlassable cacophonie.  Leurs voix qui réclament de l’étranger et non de leurs dirigeants attitrés ce pain quotidien minimal pour leur survie.  C’est là une négation évidente de la dignité humaine dont auraient pu nous dispenser les bâtards de la politique haïtienne. 

A ce compte, une question se pose dans toute sa crudité : « Les Haïtiens, comprennent-ils vraiment les dangers que  fait courir à leur patrie un gouvernement qui s’enfonce de plus en plus dans la délinquance d’État ? »  Et, en fin de compte, pourquoi tardent-ils tant à appuyer l’action héroïque de ces jeunes qui, négligeant toute prudence, se sont attaqués à ce politique infâme « et à son régime répressif au premier chef ?  Un homme et un régime qui considèrent Haïti comme leur chasse gardée, leur terrain de jeux macabres et le laboratoire« Mengéleique » pour production d’armes de destruction massive, de virus « Anti-Humains » pour universitaires  et fanatiques débiles.  Qu’on soit Prévalien ou autre, les haïtiens doivent comprendre que quelque soit sa popularité, son charisme ou simplement sa force de mobilisation, un Chef d’État n’a pas le droit d’empêcher un citoyen ou un groupe de citoyens d’exercer leurs prérogatives constitutionnelles. Dès lors, comment admettre que la police nationale puisse recevoir de l’équipe et du parti au pouvoir, l’ordre de disperser brutalement une manifestation pacifique d’étudiants ?  L’histoire doit se souvenir de ces noms honnis de caricatures d’hommes politiques qui ne font que s’enliser dans leur étron malodorant dont ils se servent à loisir pour combattre les opposants.  L’histoire doit demander des comptes à ces êtres désincarnés, qui malgré les exigences de la démocratie, font montre d’un« Arriérisme » déconcertant en osant prétendre que le pays ne peut appartenir qu’aux hommes de pouvoir.  C’est là une preuve de l’avènement simultané du crétinisme triomphant et de l’immoralité la plus crasse dans la culture haïtienne. 

Notre pays n’a jamais connu cette exubérance de stupidités.  Mais que les universitaires sachent qu’ils ne sont pas seuls dans la bataille à l’heure de laClintonisation du pays.  Du haut de notre tribune d’exil, nous jetons dans la mêlée, à défaut de canons et de missiles, les mots qui apporteront la correction nécessaire à la trajectoire actuellement ambiguë de la population haïtienne.  Comme  Denis Diderot, j’ai tendance à m’écrier : « Je ne regrette  pas les hommes, les hommes se refont ;  je ne regrette pas l’or de ses trésors, les trésors se remplissent; mais qui rendra à ce peuple les années qui s’écoulent ? »  Et si les actes posés par des Hommes de Pouvoir vont jusqu'à occulter leur sens de jugement ou leur faire oublier les sanctions qui en découlent inexorablement, c’est que ces mêmes Hommes croient peut-être avoir déplacé les arrêts de l’histoire.  Malheureusement pour eux, La Roche Tarpéienne avoisine toujours le Capitole.

     Jean L Théagène
Président  de L’UNDH

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