L’histoire
offre le spectacle ahurissant de ces coïncidences qui se chevauchent, qui
s’entremêlent jusqu'à devenir ces entrelacs dangereux prêts à jouer un mauvais
tour à tous ceux qui se prévalent d’un droit factuel de gouvernance. En
Haïti, comme ailleurs dans les pays du Tiers-Monde, elle ressemble à des
éphémérides tant elle perd de pages à chaque changement de régime, des
pages où sont consignés autant les succès et les échecs que les dérives des
pouvoirs qui ne font que répéter grossièrement les erreurs des
prédécesseurs. Variations sur un même ton !
Qui
aurait dit aujourd’hui, à l’heure de la démocratie triomphante, nos
universitaires, l’avenir du pays auraient à essuyer des tirs de balles en
caoutchouc et bastonnades en règle de la part de policiers sachant gauchement
signer leurs noms. Qui aurait dit, qui aurait crû que cette jeunesse qui
a fait 46, qu’on a retrouvé avec la même ardeur, le même courage, la même
détermination en 86 et 2004 et tous ces Hérauts du soi-disant changement qui
devait se produire dans le pays, seraient aujourd’hui les victimes de ce même
changement ? Qui aurait dit que des maisons construites au prix du
sang et de la sueur versés à l’étranger ou ailleurs par ces chantres du
soi-disant « Pouvoir Populaire » seraient mises à sac par d’anciens
frères de combat ? Au fort des événements de « L’après
1986 », ils
riaient du sort fait aux soi-disant macoutes dont les maisons déchouquées et
les ventres ouverts infectent encore la mémoire collective. De mémoire
d’historien, ne les entendais-je pas tous les matins éjaculer derrière un
micro : « Pep
la fon jan avel. » Qui donc ne se souvient du
déchoucage programmé dans les officines de ces incorruptibles des demeures de
Clovis Désinor, parti pour un monde meilleur, par des médecins
en selle aujourd’hui, de Claude Raymond,
condamné à mort et exécuté sans jugement, de Jean L Théagène et de Serge Conille acculés à l’exil et de tant d’autres,
dont le seul crime fut d’appartenir à une famille politique incomprise par pure
cécité ? Qui aurait dit qu’aujourd’hui le martyrologe post-Duvalier
compterait dans sa liste des noms aussi glorieux que Jean
Léopold Dominique, Antoine Izmery, les Péres Vincent et Pierre-Louis sans
oublier Charlot Jacquelin et autres illustres anonymes pro-lavalas tombés face
à une meute de « Macoutes Nouvelle Vague » appelés
« Chimè,Police Nationale ou Zenglendos ? »
Ainsi
va la vie. Ainsi se comporte l’histoire dans ces coins reculés, hors de
toute velléité de civilisation, hors de tout respect des normes minimales de
démocratie. Il y a un peu moins d’un siècle, les Haïtiens au nombre de
huit millions, enclenchaient un processus de recul tous azimuts. Et cette
même histoire qui les applaudissait en silence à l’époque de leur héroïsme
déclaré est en train de les ridiculiser bruyamment jusqu'à leur faire perdre « Cette
estime de Soi,» d’eux-mêmes ; Cette suffisance,
cette bravoure, cette fierté, cette solidarité, cette dignité qui étaient leur
marque de commerce. Toutefois, l’héroïsme décline, mais ne meurt
pas. Les hommes passent mais la Nation demeure. Dans cinq siècles,
comme après 1492, l’histoire retiendra que ce pays connut une parenthèse
glorieuse avec des personnalités de la trempe d’un Toussaint Louverture et d’un
Jean- Jacques Dessalines.
A tout
prendre, de mémoire d’homme, on n’a jamais vu une Nation autant victime de ses
fils, de ses élites intellectuelles, économiques et sociales. On n’a
jamais vu dans l’histoire un processus de régression aussi accéléré d’une
collectivité en mal de s’affirmer. Des hommes de valeur disparaissent au
gré de l’analphabétisme programmé et sciemment entretenu de la grande réserve
populaire. Des intellectuels racés, des professionnels et techniciens
chevronnés mordent la poussière face à des incultes notoires, des crétins
sonores ou des analphabètes audacieux. Et la guerre des sommets succède
aux escarmouches des profondeurs, faisant basculer un pays tout entier, jadis
sublime et prométhéen, dans l’enfer des désespérances et l’incertitude des
lendemains. On a tout mis en œuvre pour pousser les rachitiques de la
pensée et les handicapés du nanisme historique, à poser ouvertement l’immorale
question des défaitistes en puissance et en fait :« N’avons-nous pas commis une
erreur en nous affranchissant trop tôt de l’esclavage en 1804 ? »
Heureusement
que la réserve reste encore inépuisable ! La jeunesse a un
grand rôle à jouer dans cette conjoncture de pourrissement où tous les dés sont
truqués. Elle le fait «Perfas et Nefas »pour
se prendre en charge et éviter à ce pays leur, à ce pays nôtre la permanence
d’une agonie qui indiffère la Communauté Internationale. Car, qu’on ne
s’y méprenne pas : L’histoire n’appartient qu’aux peuples qui n’ont
pas tout perdu de leur âme et qui savent se tenir debout face à leurs
adversaires et surtout face à l’adversité. Aujourd’hui qu’on
regarde la manière d’évoluer de la société haïtienne, on ne peut qu’admettre
que, quelque part en cours de route, le train de l’histoire a quitté ses rails
de rectitude. Plus de pilote à la barre ou de Capitaine au ***tant pour
diriger le véhicule enrayé. Plus de routes même dangereusement sinueuses,
pour convoyer le projet de société et conduire à bon port des vaisseaux ou
véhicules fantômes. Rien que des passagers hirsutes pour faire
entendre leurs voix dans une inlassable cacophonie. Leurs voix qui
réclament de l’étranger et non de leurs dirigeants attitrés ce pain quotidien
minimal pour leur survie. C’est là une négation évidente de la dignité
humaine dont auraient pu nous dispenser les bâtards de la politique
haïtienne.
A ce
compte, une question se pose dans toute sa crudité : « Les Haïtiens,
comprennent-ils vraiment les dangers que fait courir à leur patrie un
gouvernement qui s’enfonce de plus en plus dans la délinquance
d’État ? » Et,
en fin de compte, pourquoi tardent-ils tant à appuyer l’action héroïque de ces
jeunes qui, négligeant toute prudence, se sont attaqués à ce politique infâme
« et à son régime répressif au premier chef ? Un homme et un
régime qui considèrent Haïti comme leur chasse gardée, leur terrain de jeux
macabres et le laboratoire« Mengéleique » pour production d’armes de destruction
massive, de virus « Anti-Humains » pour universitaires et
fanatiques débiles. Qu’on soit Prévalien ou autre, les haïtiens doivent
comprendre que quelque soit sa popularité, son charisme ou simplement sa force
de mobilisation, un Chef d’État n’a pas le droit d’empêcher un citoyen ou un
groupe de citoyens d’exercer leurs prérogatives constitutionnelles. Dès lors,
comment admettre que la police nationale puisse recevoir de l’équipe et du
parti au pouvoir, l’ordre de disperser brutalement une manifestation pacifique
d’étudiants ? L’histoire doit se souvenir de ces noms honnis de
caricatures d’hommes politiques qui ne font que s’enliser dans leur étron
malodorant dont ils se servent à loisir pour combattre les opposants.
L’histoire doit demander des comptes à ces êtres désincarnés, qui malgré les
exigences de la démocratie, font montre d’un« Arriérisme » déconcertant en osant prétendre que le
pays ne peut appartenir qu’aux hommes de pouvoir. C’est là une preuve de
l’avènement simultané du crétinisme triomphant et de l’immoralité la plus
crasse dans la culture haïtienne.
Notre
pays n’a jamais connu cette exubérance de stupidités. Mais que les
universitaires sachent qu’ils ne sont pas seuls dans la bataille à l’heure de
laClintonisation du pays. Du haut de notre
tribune d’exil, nous jetons dans la mêlée, à défaut de canons et de missiles,
les mots qui apporteront la correction nécessaire à la trajectoire actuellement
ambiguë de la population haïtienne. Comme Denis Diderot, j’ai
tendance à m’écrier : « Je
ne regrette pas les hommes, les hommes se refont ; je ne
regrette pas l’or de ses trésors, les trésors se remplissent; mais qui rendra à
ce peuple les années qui s’écoulent ? » Et si
les actes posés par des Hommes de Pouvoir vont jusqu'à occulter leur sens de
jugement ou leur faire oublier les sanctions qui en découlent inexorablement,
c’est que ces mêmes Hommes croient peut-être avoir déplacé les arrêts de
l’histoire. Malheureusement pour eux, La Roche Tarpéienne avoisine toujours le Capitole.
Jean L Théagène
Président de L’UNDH
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