mardi 14 février 2012

Haiti : Une Histoire d'echec de la communaute Internationale - UN ARTICLE A LIRE


 

Depuis quelque temps, l’interventionnisme souvent gratuit ou non justifié est devenu un mode de vie pour les États plus ou moins puissants. Le devoir d’ingérence s’est transformé en une culture qui ne pousse que dans les terreaux de l’arrogance liée au mépris de ce que Denis Blondin, un anthropologue Canadien appelle « l’humanité géographique » par rapport à « l’humanité historique ».

« Tous les humains, soutient-il, appartiennent à la même espèce zoologique parce qu’ils peuvent tous se reproduire entre eux. Cependant la vision occidentale du monde distingue plutôt deux espèces humaines : « Nous, les Blancs et les Autres, les peuples de couleur, Tiers-monde et Primitifs. La séparation, poursuit-il, est radicale; l’histoire c’est Nous, les Autres sont de la géographie » À
partir de ce paradigme, il se construit la base de l’édifice d’un racisme inconscient qui tente toujours de justifier les rapports de domination à l’échelle du système monde.

Ce racisme inconscient se manifeste brutalement autant au Moyen-Orient qu’en Asie, en Amérique du Sud et dans les Caraïbes où un petit pays jadis indépendant et souverain de la taille d’Haïti se voit forcé, par les contraintes de l’histoire, à une espèce d’extinction programmée.

Sous couvert d’assistance humanitaire ou sous le fallacieux prétexte de la Défense des Droits de l’homme, l’internationale a pris possession d’Haïti avec ses forces militaires et ses techniciens d’ONG, en profitant des faiblesses du pays et de l’incompétence de ses dirigeants. La disparition des Institutions de l’État, la privatisation accélérée de certains organismes dont la rentabilité est proverbiale ou souffre de quelques carences au niveau de la gestion, l’apparition des phénomènes de corruption, d’instabilité et surtout de persévérance dans la médiocrité et la mauvaise foi ont fini par créer un climat de déshérence tout à fait inconnu dans l’histoire nationale. Pas étonnant que le désespoir s’y installe et se transforme peu à peu en une culture du laisser-aller préjudiciable au progrès et au développement du pays.

Personne ne peut nier que l’instabilité politique qui a accompagné l’intervention de l’ONU en Haïti ne constitue un phénomène troublant. Car c’est surtout pendant le déploiement des forces de la MINUSTAH qu’on a constaté la recrudescence des actes terroristes sur la population civile : vols, viols, kidnappings, etc. Aucune mesure répressive ou simplement conservatoire n’a été prise voire simplement envisagée par ces maîtres obligés pour protéger, autant que faire se peut, la population haïtienne. 

Loin de là. La collusion entre le laxisme du gouvernement Préval Alexis et l’indifférence de la MINUSTAH a eu un coût élevé en termes de victimes au sein de la société haïtienne. Des enfants, des jeunes garçons, des jeunes filles, des femmes, des vieillards, des riches, des pauvres, des éléments de toutes les classes
sociales, ont eu leur part d’angoisses, de peur, de rançon provoquées par les chimères d’Aristide et les « zenglendos » de toutes sortes chassés d’Amérique du Nord dans le but évident d’aller accroître les problèmes dans un pays sans ressources. Les artisans du déluge lavalassien ont fait payer très cher à la société haïtienne le renvoi de leur gourou. Aujourd’hui encore, trois ans après les évènements de Février 2004, l’ombre néfaste du Méphisto haïtien continue à planer sur la réalité de huit millions de citoyens haïtiens qui ne savent plus à quel saint se vouer pour recommencer à vivre, ne serait-ce que la réalité de
l’époque de François Duvalier. 

Au moins, le phénomène invalidant de l’instabilité politique et de l’insécurité environnementale n’avait pas un indice aussi élevé durant cette période et n’empêchait pas les simples citoyens de vaquer à leurs obligations. Il y avait certes d’autres types de problèmes plus ou moins aigus. Mais la généralisation de la problématique n’était pas de mise. Car celle-ci s’était circonscrite
autour de la peur qu’inspiraient les miliciens aux anti-duvaliéristes éclarés et agressifs qui ne rataient pas une occasion pour combattre- ce qui d’ailleurs est légitime- le principe autrement stupide de la  résidence à vie. Mais, qu’on le veuille ou non, si l’on veut faire une lecture honnête de l’histoire, on doit avouer que François Duvalier avait une certaine vision d’Haiti. On doit aussi se rendre compte qu’en ce qui concerne ses idées sur les classes moyennes, « les fruits n’ont pas tenu les promesses des fleurs », malgré tous les efforts de cet Homme d’État qui n’a jamais mis en péril l’indépendance et la souveraineté de son pays.

Aujourd’hui que les cendres commencent à retomber sur les tisons encore chauds de l’histoire de cette époque, il est aisé de comprendre l’attitude de ces nouveaux politiciens qui, fascinés par la dolce vita intrigante de l’Occident industrialisé, ne rêvent que de tenter leur chance à la loterie du Pouvoir pour ensuite s’envoler vers des cieux plus complaisants pour jouir de leurs rapines en compagnie des membres de leurs familles. Le pouvoir est donc devenu le passage obligé de ceux qui, à tout prix veulent acquérir des richesses faciles. Qu’on se souvienne de ce minus arrêté dans un aéroport Canadien et qui avait en sa possession pas moins de trois cent mille dollars en espèces sans compter sa réserve de comptes bancaires avec six ou sept chiffres dans leur balance.
Comment peut-on prendre au sérieux des responsables politiques qui ne s’inquiètent même pas du sort réservé aux enfants, aux vieillards, aux pauvres dont les Pères, eux aussi ont versé leur sang pour que ce pays soit libre? Comment comprendre que les classes dites moyennes soient aujourd’hui obligés de s’expatrier pour ne pas être kidnappées, rançonnées ou tuées? Comment comprendre que ces mêmes États auxquels ils ont jadis offert leur plus franche collaboration se fassent aujourd’hui les complices des assassins qui réclament la vie de ceux que, pour les besoins de leur cause, ils ont déjà porté aux nues?

Dans ce pays où il est devenu plus facile de médire que de construire, de tuer que de protéger, d’ériger des prisons pour délinquants chassés des USA ou du Canada, au lieu d’institutions scolaires pour combattre l’analphabétisme des enfants et l’ignorance crasse des analphabètes fonctionnels, friands de pouvoirs et de richesses mal acquises, on oublie trop souvent que le bâton de l’Oncle Sam ne fait aucune différence entre le Pacha d’aujourd’hui et le Puissant de demain. Il le frappera
aussi bien qu’il l’a fait pour le Shah d’Iran, pour Manuel Antonio Noriega, pour Saddam Hussein et tous ces politiciens du Tiers-monde qui n’ont pas encore tiré quelque leçon que ce soit de la politique internationale.

Quoi qu’il en soit, il ne se passe pas une semaine sans que les médias haïtiens ou l’Internet ne fasse mention de quelque perfidie ou forfaiture commise par un de nos dirigeants passés ou actuels. Le niveau de la moralité est à ce point bas que l’impression qui reste, c’est que rien ni personne ne sera en mesure de sortir Haiti de sa déchéance présente.

Quand ce n’est pas un politicien civil que la rumeur publique accuse de quelque acte dolosif, (affaire étouffée des Sénateurs qui ont été, semble-t-il soudoyés par les hommes d’argent en Haïti), c’est encore un ancien Général d’Armée qu’on croyait au-dessus de tout soupçon qui subissait récemment les foudres d’un ancien beau-père de Président. Que les accusations soient vraies ou fausses, la question est de savoir pourquoi collectivement est-on descendu si bas? Que voulez-vous, quand la caque sent le hareng, tous les vêtements des visiteurs ne peuvent qu’en dégager l’odeur nauséabonde?

Il est peut-être temps qu’une autre génération d’Haïtiens prennent la relève au pays de Toussaint Louverture, de Dessalines, de Christophe, de Pétion et de tous, Nous Autres de l’intérieur et de l’extérieur.

Haiti n’a que faire de ces espèces de censeurs sans lecture ni écriture qui apparemment, « sans feindre ni craindre » sautent dans les fleuves en crue en oubliant dans une barque démolie par l’usure, le gilet de sauvetage indispensable à leur survie. Car l’ignorance n’est acceptable que quand elle se fait discrète. Qu’on se le dise une fois pour toutes!

Les enfants de parents haïtiens nés en terre étrangère se posent toujours la question : « Pourquoi leurs grands-parents sont-ils si fiers de leur pays d’origine alors que la Télévision ne montre, relativement à leur terre natale que les spectacles les plus sordides? » Ils se demandent pourquoi ceux qui nous visitent n’ont pas d’autre choix que de se rendre dans les dépotoirs à déchets où l’on retrouve souvent les cadavres de ceux dont la rançon est arrivée en retard ou n’a pas du tout été payée par les parents sans le sou. Ils se demandent encore à quand un nouveau
Fouché pour venir mettre de l’ordre dans ce morceau d’île habité par d’innommables trublions qui n’ont pas encore compris qu’ils ne sont là que pour amuser la galerie et donner bonne conscience aux fils et petits-fils de colons repentis. Ils se demandent enfin : « Pourquoi ne laisse-t-on pas vivre en paix, en harmonie avec sa culture profonde, un peuple dont le seul tort fut, en anéantissant les armées du plus puissant Monarque de l’Europe du dix-huitième siècle, d’avoir donné un peu plus de panache à un simple mot : LIBERTÉ »

Mais que ces enfants se consolent en attendant la réalisation de leur rêve pour ce pays ostracisé, maltraité par des handicapés nationaux et des nains internationaux! Car, de ce passage d’Aristide à la direction des affaires de l’État, de ce parti improvisé sans vision et sans dimension du nom fatidique de Lavalas, l’histoire retiendra que, plus jamais, les rênes du pouvoir ne doivent être confiés à un ramassis d’incultes et d’aigris. En d’autres mots, l’échec de la Communauté internationale en Haïti n’est pas notre échec. Il faut remonter jusqu’au Président Clinton avec « son opération de restauration de la Démocratie en Haïti » pour comprendre que dès le 15 Octobre 1994, la descente aux enfers était amorcée pour ce pays et sa population.

Mais tel le Phénix, Haïti renaîtra de ses cendres.



Jean L Théagène
Où s’en va le dollar Canadien? Où s’en va le dollar
Canadien? 
 

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