mardi 14 février 2012

Les Abricots, future vitrine du développement durable


 

Par Eddy Cavé,
Ottawa
14 novembre 2006
Les Abricots, future vitrine du développement durable
En se portant candidat à la magistrature des Abricots, l’écrivain et professeur bien connu Jean-Claude Fignolé en a sans doute déçu plusieurs, mais il a certainement comblé de joie ceux et celles qui connaissent l’arrière-pays, les Abricots, son intégrité, ses compétences et l’amour presque charnel qu’il voue à son coin de pays.
En effet, de nombreux observateurs de la scène politique haïtienne souhaitaient le voir ressusciter véritablement le MOP, l’ancien parti de son oncle Daniel Fignolé, et participer aux dernières élections présidentielles. Avec les vestiges de ce mouvement et son extraordinaire capacité de persuasion et de mobilisation, il aurait pu, d’après ces analystes, constituer une vaste coalition progressiste et modifier radicalement le paysage politique haïtien.
Activement sollicité par divers secteurs de la société civile, Jean-Claude Fignolé a sérieusement envisagé cette option  jusqu’au tournant de 2004, . Après avoir évalué en toute objectivité les chances de succès de l’entreprise, il a alors décidé de s’en tenir à un projet de moindre envergure. Un  Projet basé sur le long terme et que nous mûrissons depuis plus de 25 ans.
Le projet consiste au départ à choisir une municipalité pleine de potentiel, mais isolée, délaissée et totalement inconnue, pour en faire une vraie vitrine : une petite ville propre, sécuritaire, respectueuse de l’environnement, capable par son dynamisme de retenir ses fils et ses filles et, de surcroît, une ville où il fait bon vivre. Bref, la première municipalité à entreprendre en Haïti l’expérience d’une gestion autonome, décentralisée et à l’abri des ingérences du pouvoir central. Est-il besoin de préciser qu’à l’époque, il n’était pas encore question de développement durable? On en était encore aux théories de Samir Amine…

 Son choix aurait pu être Pestel,  berceau  et bastion naturel des Fignolé, situé en face des Cayemittes, et d’un chapelet  d’îlots magnifiques auxquels on accède en un rien de temps par voilier ou canot. Il a opté plutôt pour les Abricots, l’ancien paradis des Indiens, où vit encore sa mère, Tante Alice, qui passera en 2007 le cap vénérable des 100 ans.
 Le futur maire va s’installer définitivement dans son patelin, « loin des senteurs et de l’insécurité de Port-au-Prince ». Il compte y attirer des amis, des investisseurs, des retraités, des écrivains, des professionnels de tous horizons dont la seule motivation est la recherche de la sérénité et le bien commun. Autant dire qu’il est sélectif dans la recherche de partenaires pour le type de développement qu’il préconise. Au nombre des projets qui le tiennent à cœur, la construction d’unités de logements modestes, mais dotés de toutes les commodités d’usage, où les écrivains, artistes et retraités en quête de repos viendront, sans inquiétude et à peu de frais, se ressourcer et recharger leurs batteries au lieu de prendre l’avion pour Santo Domingo ou la Floride.
Un autre volet de son programme est le rôle dévolu aux femmes dans le développement durable.  En sillonnant de long en large sa circonscription, le candidat a découvert que 53% des femmes, contre 40 % à l’échelle nationale, quittent les Abricots en quête d’un petit boulot dans la capitale. Depuis la fermeture du Parc industriel et la paralysie de secteur de la sous-traitance, il y a de moins en moins d’emplois pour les hommes à Port-au-Prince. En revanche, les familles ont de plus en plus besoin de ménagères, de cuisinières fiables et les hôtels, de femmes de chambre et d’employées non spécialisées. Aussi est-il devenu plus attrayant pour les femmes que pour les hommes d’émigrer vers Port-au-Prince, laissant malgré elles dans leur localité maris et enfants en bas âge. Pour retenir ou ramener les femmes aux Abricots, le futur maire n’hésite pas à recommander dans un premier temps le recours aux métiers féminins traditionnels comme la broderie, la couture et  la confiserie parallèlement à la création de coopératives de production, à la promotion du  microcrédit, à l’initiation à la gestion et aux techniques commerciales de base. L’objectif est de recréer en quelques années un sentiment d’appartenance des femmes à la collectivité et de confiance dans l’avenir, ainsi que le désir de participer, chacune dans sa sphère d’action, à un processus de développement durable autocentré.
La décision de Jean-Claude Fignolé de retourner dans son patelin n’est pas tout à fait nouvelle. Il y a dans la Grand’Anse, et d’autres régions du pays, diverses villes où sont retournés vivre plusieurs « expatriés » qui font un excellent travail malheureusement méconnu. Ainsi, Michel Bonhomme, le premier Haïtien à ouvrir son propre salon de coiffure à Montréal -- ce dès 1972 -- a ouvert à l’Anse-du-clerc (à côté des Abricots) un hôtel sur les terres de sa famille. Il a dû pour cela renoncer à son superbe salon de coiffure de Delmas.
 L’actuel sénateur Andriss Riché est retourné vivre à l’Anse d’Aineault, où il compte des réalisations remarquables dans les domaines de la santé, de l’enseignement et de l’agriculture. Les francophones du monde entier ont pu voir l’émission de TV5 sur la fête de la mer à Pestel où sont retournés vivre notamment l’ancien constituant Louis N. Gilles, l’ex-député Yoland Gilles et Georgia Laplanche, après avoir passé de nombreuses années à l’étranger. TV5 a également diffusé il y a deux ans environ une superbe émission sur  Corail montrant l’excellent travail de bénévolat effectué par le jeune maire Rolphe. Papillon et son épouse, une Belge qui met tous les jours la main à la pâte aux côtés de son mari. À noter que Corail est également la circonscription de l’actuel député Nicolas Descostes, rentré de Montréal pour se mettre au service de sa ville.
Aux Abricots, Jean-Claude Fignolé se refuse à faire les choses à la pièce. Il voit plus grand. Il regarde plus loin, intégrant son action présente dans une vision à long terme du développement économique et de l’implantation de la démocratie participative au pays.
Il y a déjà 25 ans, au moment où Jean-Claude Duvalier décidait de prendre le risque des élections législatives « libres » qui ouvrirent les portes du Parlement aux députés Alexandre Lerouge et Rockfeller Guerre -- pour ne citer que les plus connus -- Jean-Claude Fignolé conçut l’idée de recruter des progressistes compétents, fiables et dévoués qui prendraient la direction d’une trentaine de communes de l’arrière pays en vue d’en faire, à l’image des municipalités socialistes françaises des années 60 et 70, des preuves vivantes de ce que peuvent réaliser des élus compétents, intègres et sans lien d’allégeance avec le gouvernement en place.
Vu l’ampleur, la nouveauté et le caractère très particulier du projet, Fignolé en parla aux chefs de file de l’opposition à Port-au-Prince, qui, frileux comme on les connaît, voulurent d’abord sonder les ténors de la diaspora avant de se prononcer. La consultation se fit dans le plus grand secret pour éviter que Roger Lafontant et ses hommes de main, qui planifiaient dans le menu détail leurs habituelles victoires à 99 %, en aient la moindre idée. La réponse des pontifes de New York, de Montréal, de Miami fut un non sans appel, accompagné de ce commentaire laconique : « Le risque de récupération du mouvement par le pouvoir est trop élevé. »
Après 25 ans de piétinements, d’inutiles tâtonnements et d’échecs, Fignolé décide de tenter seul l’expérience. L’état des lieux qu’il a dressé ne diffère pas de beaucoup de celui qu’on aurait pu faire à Jérémie, à Plaisance, à Jean-Rabel ou au Cap haïtien : il faut remettre la population au travail immédiatement; stopper l’exode vers la capitale ou l’étranger; dispenser une éducation et des soins de santé de bonne qualité; mettre un terme à l’insécurité, désenclaver la communauté; irriguer les terres cultivables; maîtriser l’énergie solaire et éolienne, etc. Dans le cas précis des Abricots, stopper le déboisement, regarnir les plages  et implanter dans ce paysage de rêve un tourisme respectueux de l’environnement.
À la question relative aux voies et moyens, le candidat répond sans la moindre hésitation : « Il faut surtout refuser de tomber dans le syndrome de la mendicité. Nous cherchons, parmi nos amis et les alliés dont nous connaissons déjà le civisme et le désintéressement, essayer de trouver des partenaires à qui nous allons offrir tout de suite quelque chose de concret : un lieu de villégiature où ils pourront concilier des vacances de rêve avec des activités de bénévolat dans leurs domaines de prédilection. » 

Ceux et celles qui ont eu le rare bonheur de visiter un jour les Abricots; ceux et celles qui ont lu le vibrant témoignage rédigé il y a quelques années par Nancy Roc sur cette localité au lendemain d’un week-end de Pâques et où elle parlait notamment des réalisations de Mica et Patrick Deverteuil -- un couple originaire de Jacmel  qui a quitté Montréal en 1972 pour créer aux Abricots un vrai petit paradis --,  tous ces gens savent que le projet de Jean-Claude Fignolé de faire de ce coin de terre une vitrine pour le développement durable ne relève pas de l’utopie.
Bravo Jean-Claude! Saches qu tu n’es pas seul. Nous savons tous que cette course pour la mairie des Abricots n’est pas  une simple initiative pour ta ville. Mais aussi, et surtout, le premier jalon, la première étape d’une longue et difficile croisade pour le pays tout entier.


bravo

Posté le 11 août 2007 à 08:57 par Jeanine Pierre Louis
Cela m a fait plaisir de lire un article porteur d espoir sur un village d'Haiti. J espere que M. Fignole sera a la hauteur de tous ces espoirs places en lui. Abricot est un superbe endroit. J ai egalement vu le travail colossal realise par l ex maire de Corail, Rolphe Papillon sans aucun financement exterieur, seulement en mettant les gens de sa commune au travail. Ce sont des gens comme ca qu il faut au pouvoir en haiti.

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